Alice

Fable

Un jour, pour son vingt-huitième non-anniversaire
Alice ouvrit sa boîte aux lettres un frais matin
Dans laquelle elle trouva au milieu de riens
Une enveloppe cousue sans ces ciseaux, entière
Qu’elle ouvrit intriguée, sèchement, sans sourciller
Et y trouva des vœux étranges et pliés
En un carré huit fois, et au dos de la feuille
Un lapin dessiné avec écrit : « Suis-moi,
Je peux te sortir de l’ennui, du fauteuil
Des chiens, de tes tracas et des poisseux effrois »

Alice, dubitative, eut pour premier réflexe
De jeter l’enveloppe dans sa poubelle convexe
Avant de sortir prendre l’air et marcher
Dans son quartier fait gris, de béton, respirer
L’air de cette matinée pluvieuse et un peu triste
Un brin paranoïaque, elle cherche donc sa liste
De courses, qu’en vain ses poches ne trouvèrent même pas
Et comme un fantôme fît ses achats dans les halles
Attrapant au hasard son futur repas
Avant de rentrer seule, chez elle, chemin banal

La journée passe, alors, mais assez lentement
Alice s’ennuyait, s’occupait, attendant
Une fameuse soirée où l’on devait fêter
Le vrai anniversaire d’une de ses amies
Un peu démente, mais, attachante, sympathique
A vingt heures tapantes, rendez-vous rue Bardé
Au bar étrange des hippies reconvertis
Lieu favori d’Alice, de quelques alcooliques

« Mets ton écharpe lui dit sa voix intérieure
Dépêche-toi il est l’heure, moins cinq, tu es en retard
Je vais prendre un chemin, plus court, que je connais
Ainsi j’arriverais, tout pile, sec, à huit heures
Je n’ai pas très envie qu’on remarque que j’ai
Passé mauvaise journée en arrivant dernière
D’autant plus qu’à chaque fois que j’arrive trop tard
Plus une place n’est libre, je suis seule, à l’arrière »

Il fait une nuit noire comme un café serré
Quand Alice ouvre sa porte pour partir dans la rue
Suivre le parcours plan B qu’elle a alors prévu
Droite, gauche, tout droit, Église à la façade brisée
Puis gauche, droite et oblique me voilà arrivée
Se dit-elle en partant, décidée, résolue
Croisant un ou deux vieux, vielles, dans l’allée
De cette ville maussade et morte, endormie
Langueur du samedi soir, Ô ! Ce n’est pas Paris…

« Mais vite, passe par l’Église avant de tourner
Impasse des Oripeaux, et prendre la traverse
Qui mène en Y au bar La Renverse »

Il est huit heures moins trois, et de son pas pressé
Alice court dans la rue, où, sombre, tout se déchiffre
Mais rien ne se laisse voir facilement en présence
Malgré les réverbères qui éclairent en silence
Jaune, le seuil des maisons, les plaques et les chiffres

Tout à coup un point blanc semblant percer, au coin
De l’impasse, brille, attire l’attention d’Alice
Distraite mais intriguée celle-ci, va et s’y glisse
Avant d’apercevoir un étrange lapin
Blanc, comme illuminé, en contraste, les poils lisses
Aux yeux rouges et saillants fruits d’une myxomatose
Qui courent dans tous les sens, semblant cherche toutes choses
Alors qu’Alice entend légèrement le bruit
Du cliquetis déréglé d’une montre à gousset
D’un coup, le lapin blanc la sort de son gilet
Et bien avant qu’Alice n’ai le temps, ahurie
De réagir, le lapin blanc lui parle et dit
« Je suis en retard Madame, je, je, je suis en retard
Pourquoi me regardez-vous, ai-je l’air d’avoir une tare ?
Il faut que je reparte, on m’attend, c’est certain
L’endroit où je me rends est encore très loin »

« Attendez, vous avez oublié votre montre
Elle est par terre, ici, mais elle est comme cassée
Il semblerait que ses aiguilles se rencontrent »
Trop tard, le lapin blanc a déjà pris la fuite
Dans une ruelle étroite et très mal éclairée
Au fond de laquelle Alice part à sa poursuite
Car elle l’a aperçu se faufilant derrière
Une voiture, puis une porte, entrouverte à l’arrière
D’une vielle bâtisse laissée à l’abandon
Alice ouvre cette porte qui grince bruyamment
Et se retrouve face à des escaliers ronds
Avec pour seul issue descendre incessamment
Une somme de marches qui s’enfoncent à l’infini
Dans laquelle elle se lance, poursuivant le lapin
Qu’elle ne voit même plus, exténuant chemin
Où le temps lentement passe et l’anxiété grandit
Quand au loin, faiblement, une lumière luit
Éclairant une porte dans un vestibule noir
Qui suggère, verticale, assez peu d’espoir
Alice arrive au seuil de la porte qui ne cède
A aucun effort, et, sentant qu’elle ne pouvait
Continuer d’avancer, son regard est distrait
Par une petite fiole placée sur son rebord
En bois ; et elle en verre, pleine d’un liquide, possède
Une inscription « Eat-me », comme si quelqu’un d’abord
L’avait laissée ici en attendant quel-qu’autre
Et Alice se dit « Ô tous ces escaliers
Que je viens de descendre demanderaient trop d’efforts
A monter à nouveau en contresens, à d’autres !
Je vais tester cette fiole, oui, je vais voir quel sort
Me réserve ce liquide, transparent, inodore ! »

Et rapidement, Alice, se sent comme déliée
Ses membres sont comme lisses, son esprit éthéré
Et le temps de rouvrir les yeux, la voila
Aussi grosse qu’un poux pour qui maintenant la fente
Sous la porte fait trois mètres cinquante au pro-rata
Mais à tout avantage nouveau c’est mille peines
Qui se pressent à elle car chaque chose présente
Semble une immensité, une goutte d’eau, un peigne
Sont une baignoire pleine ou un pont renversé
Et ce lapin pressé, qui a comme disparu
Alice se l’imagine un éléphant poilu
Dont chaque pas serait susceptible de faire
Trembler le sol, la terre jusqu’aux os et la chair

« Il me faut m’agrandir maintenant que je suis
Passé sous cette porte, amoindrie physiquement
Chaque chose dérisoire est devenue immense
Fait que je suis perdue comme dans un infini
Où je ne vois qu’obstacles autour desquels je danse
Malgré moi en tentant de suivre ce lapin blanc »

Un moment, à côté, Alice aperçoit un
Sillon d’eau qui coule, lent, le long du sol creusé
Abouchant certainement, quelque part, au loin
Arrangeant un radeau de fortune ; bribe de feuille
D’arbre qui jonchait le sol, Alice suit la tranchée
De ce petit flot d’eau espérant faire le deuil
De cette expérience de rétrécissement

Si bien qu’une flaque d’eau l’accueille doucement
A l’entrée d’un grand pré à en juger la taille
Qui n’était qu’une cour dans laquelle elle trébuche
Au milieu d’herbes folles s’insérant dans des failles
Avant qu’un vers à soie, un bombyx larvé
Trônant sur une plante, dandinant comme baudruche
S’adresse à elle vite en lui disant « Madame !
Qui êtes-vous et que faites-vous ici ? »
Avant qu’il ne saisisse à nouveau le tube gris
De son narguilé, pompant une odieuse fumée
Qu’il recrache, fier, méprisant, l’œil en flamme
Sur Alice qui étouffe, essaye d’articuler :
« Euh ! Je ne sais quoi vous dire et vous qui êtes-vous ?
Vous jouez les seigneurs alors que vous ne pouvez
Pas encore voler comme un papillon fou
Laissez-moi donc partir, ravalez vos fumées
Je cherche un lapin blanc, l’avez vous vu courir ? »
« Ô triste enfant, voilà, vous cherchez le lapin
Sachez qu’auprès de lui tout sent comme le sapin
Si j’étais vous, petite, j’essaierai de grandir
Car ce n’est pas de moi que vous apprendrez que
C’est pour son procès qu’est attendu l’affreux
Lapin que les juges tiennent déjà pour une canaille
Qu’ils cherchent maintenant à prendre à la tenaille »
« Assez de cette fumée! Je veux mes proportions
Normales que je puisse voir de mes propres yeux
Si ce que vous me dites n’est qu’affabulations
Ou si c’est véridique, que j’arrive en un lieu
Un tant soit peu réel où je puisse vraiment
Trouver explications à ce qui m’arrive là »
« Il n’y a pas d’explications, qui, rationnellement
Vous sortirons d’ici, car, comme le trépas
Ce monde inévitable offre à chaque chose vivante
Une deuxième vie où elle est plus méchante »

Le bombyx, après ça, s’envola, papillon
En laissant dans sa mue une part de gâteau
Avec inscrit dessus, caramel encore chaud
« Eat-me », comme la fiole, en verre, qui par son
Liquide fit rétrécir Alice au millième
De sa taille initiale, minuscule à elle-même
Elle s’empare du gâteau, pour, comme le ver à soie
Retrouver sa carrure idéale par son choix

Dix longues secondes passent avant qu’Alice retrouve
Sa taille normale et puisse désormais contempler
D’un regard fixe et large le lieu où elle se trouve :
Il s’agit d’une cour près d’une vielle maison
Paisible, et où dort un chat fantasque et mauve
Alice hésite un peu et d’une branche coupée
Tente de réveiller ce chat, qui, sans raison
Déclenche un grand sourire inhabituel aux fauves :
« Bienvenue par ici mon amie que dites-vous
Où plutôt que puis-je faire, ma chère, pour vous aider ? »
« Ah ! Vous êtes gentil? Laissez-moi honnêtement
Me méfier un petit peu de vous, je m’en excuse
Car le ver à soie, jaune, et lui aussi parlant
M’a expliqué qu’ici vivent les deuxièmes vies
De toutes choses vivantes avec acrimonie
Et je doute que vous n’ayez la quelque ruse
A vous manifester à moi sans méchanceté !»
« Il est bien vrai qu’ici, ma chère, tout le monde est fou
Et la folie elle-même en a aigri plus d’un
Ce serait vous mentir que de vous dire que vous
Êtes la seul par ici à être un peu cruelle :
La Reine de Cœur avait, hier, pour dessein
De faire trancher la tête à une large moitié
De son propre royaume qu’elle a donc en tutelle
Car le Roi est malade ces jours ci et ne peut
Faire régner l’ordre heureux que nous connaissions tous »
« Ô c’est affreux ce que vous dîtes mon cher chat
Est-ce-que je crains aussi d’en finir, qu’on dise feu !
De ma personne, crimes! J’ai une honteuse frousse
De la mort comme tout le monde enfin c’est ce que je crois »
« Ici personne ne croit vraiment la mort telle que
Vous vous l’imaginez, c’est bien plus pernicieux
Mais, passons! Je peux vous aider, vous indiquer
Une adresse fort utile pour vous réchauffer :
Quittez cet endroit vide où je me reposais
Sortez donc par la droite et suivez cette allée
Blanche et alambiquée, bordé de fleurs, mais
N’en cueillez aucune car votre tête serait
Inévitablement mise à prix un ou deux
Écus d’aujourd’hui, par la Reine en furie
Ô et puis j’oubliais, huitième maison, à gauche
Au milieu de nulle part, entrez donc, sans bruit
En vous recommandant de ma part dites ceci :
Le chat du Cheshire me convie pour un thé
Parmi vous, mes amis, acceptez cette embauche ! »
« C’est noté » dit Alice qui pris de suite acte
De ceci et partit sans faire le moindre entracte
Retrouver elle ne sait qui au huit ; jouant d’un dé
La courte destinée de cette heure à venir

Et c’est après avoir marché pour un quart d’heure
Qu’Alice arrive au huit, une maison déglinguée
Devant laquelle se tient une sorte d’assemblée
De trois personnages autour d’une table qui vire
Au franc désordre, thé, sucre, et tasses qui leurrent
L’œil d’Alice un moment avant qu’elle ne distingue
Un lièvre, un chapelier, vert chapeau, bizarres fringues
Ainsi qu’un loir qui dort profondément entre eux
« Le chat de Cheshire m’envoie parmi vous
Il m’a parlé d’un thé, est-ce bien par ici ? »
« Comment ça par ici, nous sommes toujours là
Et nulle part ailleurs, nous ne connaissons pas
D’autres endroits et d’autres heures que celle du thé pour tout
Prenez-en donc une tasse, avec nous, et sans pli
Cessez de faire l’enfant il est cinq heures et demi »
Fit le chapelier fou qu’Alice tint pour cinglé
Avant de prendre un sucre pour mettre dans son thé
S’asseyant calmement sur un fauteuil beige
Et espérant très vite que tout ceci s’abrège
Mais le lièvre de Mars a son tout parle et dit
« Votre thé vous convient. N’est-il pas trop sucré ?
C’est un honneur pour nous d’avoir pour invitée
Une dame de la cour, jeune et pleine de vie
Qui ne nous juge point et se laisse convier
A une séance de dégustation ultime
D’un thé de qualité qu’avec bonheur nous fîmes »
« Je ne suis pas de la cour, Monsieur, enfin je crois
Car je ne sais pas vraiment ce que je fais par là »
« Ô ! Vous croyez peut-être que je sais ce que je
Fais et ce que je pense, ici, à cette table
Ô êtes vous naïve, est-ce donc là un jeu ?
Auquel vous souhaitez nous piéger, c’est probable… »
Fit le chapelier fou avant de reposer
Sa tasse violemment sur la table, qui se fend
En mille morceaux blancs, tous éparpillés
Au sol, d’un revers de sa main, rapidement
Exécuté, avant qu’il ne dise à nouveau :
« Allons, soyons sérieux, que diriez-vous ma chère
Si je vous apprenais qu’il est pour moi trop tôt
D’aller dormir comme ce loir qui erre
Dans un sommeil douteux fait de tristes chimères
Car je ne connais que l’heure du thé, c’est un fait
A peine s’est écoulé l’instant de celui-ci
Que mon temps singulier, et toujours parfait
Indique cinq heures et demi à nouveau, c’est précis
L’heure de recommencer, ainsi de suite, le temps tourne
Dans une fixité qui jamais ne s’ajourne »
« C’est bien triste comme vie de rester comme bloqué
Telle une aiguille qui bute à l’heure de boire un thé
Et qu’une fois terminé à cinq heures trente et une
Vous vous couchiez et puis, à nouveau, la fortune
S’avère être identique Ô! Quelle triste destin
De courir sur place comme un petit chien »
« Que dites-vous ? trente et une minutes, passé cinq
Il n’y a pas d’autres heures, pour moi, qui me convainque
Qu’une demi ajoutée à cinq pile ! Tic!Tac!Fi !
De tout autre possible, votre calendrier
Me semble défectueux, je n’ai pas une seconde
Où l’heure du thé ne sonne et apporte féconde
Mes collègues sereins afin de déguster
Thé noirs, verts où de toutes couleurs si il le faut
Allons, ma chère, laissez moi donc mettre un peu d’eau
Dans la théière rouge, là, juste à vos côtés »
Alice tend la théière au chapelier fou
Mais lorsque son bras s’étend, sort de sa poche
La montre du lapin, à gousset qui ricoche
Sur la table et tape le ventre et puis secoue
Le loir qui se réveille dans un bref sursaut
« Qu’est-ce-que cet objet creux et doré fait ici ?
Qui est cette invitée, pourquoi m’avoir si tôt
Réveillé pour rien, quel est donc le souci ? »
« Le souci nous l’avons, c’est cette montre, regardez !
Elle est toute détraquée et n’indique plus rien
D’autre que oui/non/merci/au revoir/très bien
Il est l’heure de la réparer, et sans traîner
Chapelier donnez moi la moutarde et le sucre
Un tournevis plat, n’y voyez aucun lucre !
Je ne ferais pas commerce d’une montre à moutarde
Qui tricote à l’envers, avec retardement
Je vais vous réparer cette montre, prenez garde
A bien la conserver dans une poche, sans
Rien ! » Fit le lièvre qui s’empare de la montre
Sur le champ, s’exécute, plus qu’il ne démontre
En quoi son entourloupe est censée réparer
La montre du lapin qu’Alice à ramassée
Clic! Clac! Voilà la montre dorée qui à nouveau
Est close mais déraille totalement à l’envers
Dans les mains du lièvre qui refile en travers
Celle-ci au chapelier qui n’en veut pas un mot
La rend vite à Alice, qui, elle dubitative
Fixe la montre à l’oblique, un petit peu rétive :
« Hmm… merci beaucoup ! Puis-je vous quitter maintenant ?
Je crois qu’il faut partir, pour moi, que l’on m’attend »
Le chapelier fou jette un regard au lièvre
Les sourcils levés, l’air très étonné
Devient rouge d’un coup et voit trembler ses lèvres
Avant de dire, furieux : « Vous osez nous laisser
Sur le carreau, sans cœur, alors qu’on tombe à pique
Puisqu’il est l’heure du thé, tendez moi votre tasse
Je vais vous la remplir, parfaitement, comme un as
Cinq heures et demi tapantes, c’est l’heure dogmatique
Qu’il nous faut respecter à laquelle nul n’échappe
Que fait donc votre main dans cette poche qui l’happe ?
Tendez-moi votre tasse, et vite, que l’on oublie
L’affront que vous nous faites, qu’en votre cœur je lis ! »
« Non ! Je dois vous quitter, bande de détraqués !
Qui toute la journée, restent assis attablés
D’une absurdité l’autre, vous passez sans arrêt
Bon vent! En dix minutes je crois que je connais
Tout ce qui est important à votre sujet, et
Je m’en vais sur le champ, suivre cette allée blanche
Par laquelle je suis bêtement arrivée »

Ainsi Alice repart sans claquer aucune porte
Et marche pas à pas évitant quelques branches
De plus en plus serrées amenant à une sorte
De dense forêt sombre et un peu ramassée
Où se frayant passage, elle trouve une clairière
Où deux gros personnages arrivent en même temps
Entrant en se poussant l’un l’autre bruyamment
Alice alors les voit et se présente à eux
Avant que l’un des deux lui dise : « C’est fameux !
Nous vous attendions là, Alice pour vous chanter
Une chanson de choix qui est telle une prière
Nous pensions que, comme nous, vous l’apprécieriez :
Nous sommes Tweedle-Dee, Tweedle-Dum, conteurs
Depuis l’age du berceau, c’est-à-dire première heure
Mais trêve, voici le conte, chanté que nous avons
Pour vous, tous deux choisi avec notre raison : »
« Il était une fois un royaume
Heureux où vivait tout un peuple
Uni, fier et au septuple
Comme les électrons de l’atome
Rien ne pouvait détruire l’ordre
Rien ne pouvait même découdre
Le moindre fil du tricot
Semblant s’étendre à l’infini
La paix était comme le drapeau
De sept mondes réunis

Chaque chose était à sa place
Chaque homme, chaque femme, vivait pleinement
Un bonheur serein faisant face
A un monde déstabilisant
Qui tout autour semblait vouloir
Liquéfier tous ces rêves fermes
Portés par tous avec espoir
Tout semblait vouloir mettre un terme
Au fait que toutes les vertus
La vie, et l’ordre, et les liens
Étaient à tous souverains biens
Comme une carapace de tortue

Mais complots et conspirations
Commencèrent à porter une ombre
Aux royaumes et c’est un grand nombre
D’esprits qui, sans affection
Détournèrent tous le regard
De ces empires/lumière/phare

Et l’univers se mit entier
A résister de mille manières
Pour que son petit centre, la terre
Ne fasse place à l’obscurité
Uniquement, comme seule voie
Seul repère et seul foi

Il fut alors décidé
Par un des rois dans un décret
D’aller chercher en ce bas-monde
Quelqu’un nous sortir de l’im-monde
Pour qu’éternellement à nouveau
Triomphent et le vrai et le beau

Mais personne ne se présenta
A l’audience que l’on dressa
Pour trouver une âme volontaire
Pour dans la réalité faire
Vraie cette volonté nouvelle :
C’est donc l’assemblée des Dieux
Prise dans un drôle de contentieux
Qui décida, d’une poubelle
D’envoyer une canaille zélée
Qu’ils ne pouvaient pas encadrer
Faire par son mal et ses actions
Naître un espoir, triste scission

C’est ainsi qu’un trou fût ouvert
Par un infect lapin blanc
Qui, sortant d’un de ses fossés
Fît d’une cave un escalier
Pour piéger une jeune femme qui erre
Alors proche et intriguée…
Qui bascule de l’autre côté…
Fait la rencontre d’une larve
De bombyx et d’un chat qui bave
D’un sourire permanent pour tout
Avant un thé parmi des fous
Qui ne connaissent que cinq heures trente
Comme heure sonnée / thé à la menthe… »

« Ô ! Cessez maintenant, c’est de moi qu’il s’agit !
J’en suis sûr désormais, comment savez-vous ça ?
C’est comme ça que je suis, entre autres, arrivée là
Juste en face de vous pour entendre ceci…
Ce lapin cela fait deux fois que l’on me dit
Qu’il a tout de l’escroc qui fait de mauvais coups
Et j’apprends maintenant que je suis comme piégée
En ce monde bizarre par sa volonté
Et si il creuse des trous, toujours, un peu partout
Comment prouveriez-vous que vous n’êtes pas perdu
Dans un de ceux-ci sans que vous l’ayez voulu »
« C’est une bonne question et nous vous suggérons
De rester patiente, car vos aventures
Ridicules et puériles et qui tournent en rond
Ne sont pas terminées, elles sont comme la nature
Qui ne cesse de se perfectionner, d’apprendre
D’elle même pour évoluer et à l’harmonie tendre »
« Êtes-vous philosophes, désormais, merveilleux !
Vous vous présentiez comme deux conteurs heureux
De chanter un poème à une pauvre inconnue
Du moins je le croyais car j’ai bien entendu
Et vous en savez plus apparemment que moi
Sur tout ce qui m’arrive, Ô ! Je suis à deux doigts
De perdre tout espoir, toute foi, mon délire
M’appartient vous n’êtes que de drôles de menteurs
Comptez-moi une histoire qui cherche à me dire
La vérité toute crue, sans artifices, sans leurres »

« La vérité est une, une et indestructible !
Comme un et un font deux, voilà ce que je sais !
Et Tweedle-Dee aussi, vous dirait la même chose
Car c’est une vérité, sur la vérité, close
Arrêtez donc de rire, Alice, rien n’est risible
Dans ce que j’énonce là, ce sont comme des faits »
« Certes, je vous crois bien, ce sont de sages paroles
Qui ne servent à rien qu’à provoquer ras-le-bol
A mon esprit qui tourne, tourne, retourne, avance
Car je n’ai toujours rien compris et ça m’affole
A ce monde à l’envers qui sans arrêt comme danse »
« Et bien venez danser, avec nous, cher amie
Le temps presse, venez rejoindre une petite valse
Exécutée par un vieux gramophone, qui
Ressemble à un volcan, à l’envers, une salse »

Ils dansent…

« Il est l’heure pour vous de nous quitter Alice
Mais avant de partir, nous souhaitions vous dire :
Toute forme de pouvoir qui perd sa justice
Doit être renversé par la force où périr »
Et Tweedle-Dum ajoute : « Nulle révolution
Ne s’est faite en ce monde sans un grain de folie
Il est temps pour vous de passer à l’action
Détrônez cette reine, faites régner l’harmonie… »

Alice, étonnée, par ce petit proverbe
Suivi d’une injonction à devenir souveraine
A pour seule envie de partir courir l’herbe
Jusqu’à quitter ce monde qui maintenant la malmène
Et c’est ce qu’elle fait, quittant cette forêt
Elle court le plus loin qu’elle peut dans la jachère
Et se retrouve perdue, au milieu, manquant d’air
D’un pâturage, où, elle entend doucement comme des
Crépitements électriques dans l’air, autour, proches
Avant de s’avancer, vers une grande roche
De laquelle ils semblent émaner bizarrement
Kssrt ! Kssrt ! Alice voit un point blanc qui tournoie
Autour de cette roche, qui monte lentement
Et l’aspire peu à peu ouvrant comme une voie
Blanche et translucide, qu’un temps Alice, évite
Se lance à son insu, avant que tressaute vite
Des images tout autour et que tout ne se fixe
Sur un tribunal plein où passe le bombyx
Qui déclare à Alice : « Voici l’heure du procès
Du lapin blanc, Madame, vous êtes alors priée
De prendre place, ici, à gauche des jurés
Avant que ne commence la séance, désormais »

Alice, silencieuse, fait donc ce que lui dit
Le papillon, prend place, sur une chaise vide
Et attends, patiemment que la séance la guide…
Le magistrat, alors, se gratte la gorge et prie
L’assemblée de s’asseoir sur les places vacantes
Avant de déclarer : « Nous jugeons aujourd’hui
Le sire Charles-Henri, dit lapin blanc ; Reine Rouge :
Énoncez s’il vous plaît l’acte d’accusation
A l’encontre du prévenu, qui se présente
A nous en cette journée pour que cette fois bougent
Les affaires criminelles, les délits, malfaçons…»
La Reine Rouge, alors, prend la parole et dit :
« C’est avec grande peine que sera faite la liste
Des chefs d’accusations de ce lapin fort triste
A savoir, que pour moi, la peine maximale
Se présente honnêtement comme minimum requis
Tout d’abord : magie noire, infecte, sans issue
Perversement menée, destructions sociales
En compagnie d’un chien, sans affects, immoral
Qui bientôt menacent la société toute entière
Élaboration d’ignobles plans délétères
Afin d’anéantir ; mensonges, hypocrisies
Délations, manigances, magouilles, escroqueries
Trafics, machinations, emprisonnements voulus
D’innocents, entretien d’un royaume néfaste
Et asphyxiant, volontés de complots récentes
A l’encontre du Roi, de la Reine ci-présente
En ma personne , qui, n’a pas fini la liste
De l’acte d’accusation qui n’a pas de contraste
Et qu’unanimement il nous faut reconnaître
Je continue ici : Trous anti-cathartiques
Creusés magiquement pour faire comme des pistes
Piégeant tous les enfants du royaume de pique
Cris avalant les âmes, tentatives de faire naître
Mille millions de mensonges qui bulleraient dans les crânes
Meurtres en série, psychisme figé au stade anal
Nazisme déguisé arnaquant le profane
Je n’ai pas terminé, là ça n’est pas banal :
Par un tour de folie, abstrait, fumeux, ignoble
Pousse quatre milliards d’innocents à écrire
D’horribles petits livres que personne ne veut lire
Où, sous son joug ne vit aucun sentiment noble
Ultra-violence, porc, harcèlement de femmes
Communisme facile, livres rouges récités
Détournés affreusement, aucun supplément d’âme
Netschaïevisme fou, gourou d’insanité
Drogues, et drogues dures, vos examens de sang
Montrent qu’il y a vingt-trois ans que vous n’êtes plus sobre
Et enfin pour conclure une liste de délits
De cent-vingt-neuf pages qui augmenteraient l’opprobre
Sous la coupe duquel vous vivrez maintenant
En attendant du juge qu’il délibère ici… »
Le juge, alors reprend la parole et puis dit :
« Nous allons maintenant, chose exceptionnelle
Donner au lapin blanc une chance formelle
De répondre maintenant à ce qu’on dit de lui »
Le lapin blanc se lève, d’un coup sec et déclare :
« J’aurais souhaité qu’ici ne soit fait nullement
Ces quelques délations d’arroseuse arrosée
Qui se peint elle-même, allumant son pétard
Entre ses propres doigts sans le voir exploser
En ce lieu vénérable, fait que la justice ment
Qu’il me faut faire appel avant même de savoir
Quel sort me réserve cette cour sans espoir »
« Partie civile, à vous, la parole maintenant : »
« Les faits sont vérifiés, nous avons comme témoins
Un lièvre dit de Mars, et puis un chapelier
Ainsi qu’un loir qui dort toutes ses tristes journées
Ils nous ont adressé, il y a peu, une lettre
Exprimant, opinions, faits, vérifications
Sur ce qu’on peut appeler une affaire pour le moins
Je vous lis :
Sous serments, nous reconnaissons être
Des victimes incessantes de moches malversations
De destructions voulues presque métaphysiques
Souvent malvenues, toujours psychologiques
Et nous souhaitions, ici, aussi dire que de drogues
En drogues ce lapin peut rentrer dans la tête
Des personnes face à lui pour leur dire ce qu’elles souhaitent
Chose qui nous étonna pour l’unique dialogue
Que l’on eut avec lui pour un thé à cinq heures
Et demi tapantes, où, pour notre grand malheur
On le vît tenter de se farcir nos cerveaux
Par une drôle de méthode, avant que, caniveau
On l’attrape par les ouïes afin de le jeter
Dans le premier fossé qui se présenta, loin
Nous espérons tous que, vous recevrez bien
Le carnet justifiant l’acte d’accusations
Que nous avons reçu ce matin, au dîner
Où figurent opinions et corroborations »

Le lièvre, le chapelier, et le loir unis…

N’ayant pas d’avocat, le lapin démuni
Se lève tout de même sans autorisation
Et il dit : « Mais pourquoi dites-vous que c’est moi ?
Je ne reconnais pas dans ces accusations
Le moindre de mes pas mais je peux faire un chèque
A l’assemblée présente qui semble faire la loi »

La Reine Rouge le coupe et s’ exclame, criant sec :
« ODIEUX VOUS OSEZ LA UNE ENTOURLOUPE DE PLUS
QU’ON LUI TRANCHE LA TÊTE ET QU’AU MARCHÉ AUX PUCES
ON VENDE CELLE-CI POUR UNE SOMME RIDICULE
ET QU’ON LUI COUPE LES PATTES AFIN QUE CETTE HERCULE
DU CRIME NE PUISSE PLUS AGIR EN QUOI QUE CE SOIT
PEUPLE, JE VOUS LE DIS, TELLE SERA LA LOI ! »

L’assemblée, circonspecte, presque terrorisée
Attends alors du juge la sentence figée
Quand celui-ci se lève, disant : « Offenses graves !
Les 132 pages des chefs d’accusations
Doivent être allongées de ces mauvais actions
Qui viennent d’advenir et qui, malheur, aggravent
Une situation déjà fort sinistre
Et c’est avec l’appui de tous nos grands ministres
Que je lève l’audience en déclarant coupable
La lapin, qui après être passé à table
Ou presque se voit déchu de sa propre existence
J’ordonne le décret de son exécution
Le dimanche 7 Mai, Place de la Nation
Et qu’une foule vienne, fière, unie, immense
Célébrer une mort que tout le monde attend
Afin que la justice s’affirme fermement… »

Le procès prit alors fin sur cette conclusion
Du juge, qui, comme Alice, quitte la cour d’assises
Et rejoint le parvis où sont toutes en faction
Des cartes à jouer à taille humaine en rangées fixes
Accompagnant Alice, qui comme s’immobilise
Lorsqu’elle arrive au jardin du château, où dix
D’entre elles sont en train de peindre des roses blanches
En rouge d’une peinture à l’huile qui s’ épanche
De leurs gros pinceaux un peu partout, autour
Dans un affolement digne des mauvais jours
Alice leur demande ce qu’elles font et pourquoi
Un huit de pique, pressé, lui répond vite : « Quoi ?
D’après un arrêté de la Reine datant
D’il y a dix minutes chaque rose du jardin
Doit être peinte vite et d’un rouge éclatant
Car la couleur blanche évoquait le lapin
Dont la tête mise à prix n’est plus qu’en pâle sursis :
Douze jours avant trépas du sinistre bandit »

Alice ne répond rien et part, les évitant
Par une allée quittant le contour du château
Et marche ruminant ce furieux procès
Dans sa tête cherchant, avec son entendement
Un peu de cohérence à ce monde, qui plut tôt
La déstabilisait déjà par ses excès…
Mais ce qui la troublait, le plus, c’était bien la
Beauté extravagant de ce monde bizarre
Où tous semblent fous, construisant, sans fracas
Architectures, jardins, châteaux, demeures, maisons
Dans une harmonie étrangère à leurs façons
« Ô! Loufoque folie, mimant de manière rare
La raison, le génie humain, quel mystère !
De marcher sur la tête tout en étant capable
Des plus belles choses que peut notre mère la terre »

Alice, maintenant, marche sur un fin sable
D’un chemin qu’elle ne connaît pas, bordé d’arbustes
Où des abeilles passent, repassent, ce qui la frustre
De ne pouvoir aussi, voler d’un point à l’autre
Quand, soudain, apparaît, perché sur un vieux chêne
Le chat, large sourire aux lèvres qui enchaîne :
« Allons ma chère Alice, je suis là, votre apôtre
Dites-moi où vous allez et je vous dirais quand
Vous y arriverez, je suis maître du temps ! »
« Je ne sais où je vais, mais malheur, je sais
Déjà que dans une heure, maximum, j’y serais
Car c’est ainsi, ici, apparemment je crois
Arrêtez de sourire, une nouvelle fois !
Dites-moi où partir, où se trouve des personnes
Un peu sensées, ici, dans ce royaume où trône
Une Reine odieuse qui n’eût qu’une fois raison »
« Je peux vous indiquer, un peu moins de sens
Suivez donc un chemin, par lequel tout commence
A gauche, puis à droite, cent cinquante mètres au fond
Au moins pire des endroits qui viennent à mon esprit…
Je vous conseille de suivre ce conseil sans prix
De partir très vite, courir, vers là-bas
Où siège un échiquier, je ne peux le cacher
Qui n’attend plus que vous pour se détraquer… »

Alice soupire alors, et repart en arrière
Après avoir réfléchi dans un tracas
Au conseil d’itinéraire du chat qui a
Disparu de sa vue en s’évaporant, fier
De son sourire idiot qui désespère Alice
Autant que de devoir jouer la divinatrice
Pour espérer savoir où l’amène maintenant
Ce voyage très étrange dans ce monde curieux
Qui, continue, après, ces détours singuliers
D’Alice qui, maintenant voit un grand échiquier
Où semble se donner une espèce de jeu
Dans un mouvement qu’Alice observe pour un temps
Toute une machinerie, intense, où comme des mondes
Séparés, sur chaque case s’entrelacent par moments
Dans un silence blanc et un peu étonnant
Où semble communiquer, des flux qui comme se fondent
Entre eux, liés, déliés « Mais qu’est-ce-que c’est que ça ? »
Se demande donc Alice retrouvant, isolés
Le château, la clairière et la maison du thé
Appartenant au lièvre de Mars qu’elle aperçoit
Qui disparaît très vite, apparaît a nouveau
Immatériellement, sur une case noire
La Reine Rouge, elle aussi, dans son palais, très haut
Semble calmement être comme déterminée
Par le jeu de ses cases, qui, à l’inverse du loir
Ont comme oubliées d’un peu se reposer
Peu à peu Alice, pense, et s’assoit sur le flanc
De la colline qui domine l’échiquier
Et clarifie ses pensées, petit à petit
En repensant au chapelier fou, la façon
Dont il est attaqué mentalement ; et puis
Se distord la case, où il vit, bizarrement
Et change l’ordre du jeu, Alice sent une portion
Spontanée de son âme se déporter doucement
Comme invisiblement, affecter comme causes
Les choses bien réelles rapportées sur les cases
« Suis-je donc comme liée, étrangement à ces choses ? »
Se demande Alice, effrayée, « Est-ce des vases ?
Communicants, liés, à mon fort intérieur
N’est-ce pas une illusion, une sorte de leurre ?
Puis-je donc en sortir est-ce donc irréversible ?
Où puis-je donc de façon, tranchée, intelligible
Faire de cet échiquier le jeu de mes pensées ?
Chaque pas des personnages semble comme orienté
Par le fil continu de mes rêveries, qui
Sont hypnotiquement, paisibles et mélangées
A cette partie d’échecs complètement absurde
Où le temps semble être cette horloge un peu sourde
Propre à ma représentation qui comme vit
Dédoublé sous mes yeux irrationnellement
A nouveau, redoublé, dans un jeu très plaisant
Qui semble réveiller toute la réalité
D’un sommeil ennuyeux où elle serait plongée… »
Alors, Alice, descend du flanc de la colline
Vers cet échiquier, gigantesque machine
Qui à chaque pas qu’elle fait semble se dérégler
Très étrangement et, apercevant un œuf
Géant case numéro sept, et pour elle neuf
Qui tremble, plus l’esprit d’Alice se concentre
Sur lui, vient un moment, où il se décentre
De la case toute blanche où il était alors
Et apparaît à elle, lui disant : « C’est très fort !
Vous m’avez fait sortir, de ma case, de mon sort
Je m’appelle Humpty-Dumpty, je sais le sens
De chaque poème, chaque mot qui vient à ma présence
Et si ce don, peut-être, vous paraît inutile
Je peux citer pour vous un poème tranquille »
« Hmm ! Je vois, mais dites-moi plutôt que fait ici
Cette sorte de machine, géante, imprévisible
Qui donne comme du sens aux choses invisibles ! »
« C’est votre vérité que vous voyez ici
Ne soyez pas effrayée ; votre substance est
Donc vous pensez au-delà, de chaque chose ; mais
Peut-être votre destin se joue dans ces instants
Où chacun de ses songes, que vous voyez présents
Est le fruit délicieux de choses s’entrelaçant
Car la Reine Blanche, vous a choisie, élue
Pour un rôle en ces mondes, qu’elle juge important
Sachez bien discerner, ce qui est pertinent
Pour tracer comme l’esquisse de ce qu’elle a voulu »
« Qui est donc cette Reine que je n’ai jamais vue ? »
« Sachez que c’est bien elle qui détient dans les fils
De son esprit serein chaque chose sur cette terre
Ne soyez pas chagrin d’être sa partenaire
Et sachez que duperies, et pensées rétractiles
Vous sauverons souvent, génie propre des femmes
Qu’en toute légèreté elle cache dans leur âme
Au fond après les crimes, le mal et la noirceur
Sachez creuser en vous un abyme de bonheur »
« Ô ! »dit sèchement Alice avant de lui tourner
Le dos et de partir chercher la case de la
Reine Blanche qu’elle voit prise dans sa calme journée
Pensive, seule, assise, placide dans son palais
Où semble régner la paix et où aucun tracas
N’a l’air d’avoir sa place, case dix-sept, mais
A mesure qu’Alice tente de se rapprocher
Celle-ci se dérobe et toujours disparaît
D’une case à l’autre, cela semble impossible
Épuise alors Alice qui s’arrête case treize
Où un cavalier blanc, maintenant bien visible
Descend de son cheval et s’assoit, à l’aise
Convie Alice à faire de même, lui parle, dit :
« Je suis vieux maintenant et comme fatigué »
Laissant comme le silence, lentement l’entraîner
Alice lui répond, bizarrement ceci :
« Suis-je moi aussi vieille car je suis épuisée
Toutes ces aventures m’ont froissée, et je crois
Qu’ici rien n’est réel, que je perds comme la foi
Et que je perds, aussi, mon temps, très bêtement
Dans ce ou ces mondes où quelque part tout me ment »
« Un moment ! Seul les mots, je crois, peuvent nous sortir
D’un rêve l’autre en niant le fil d’un songe ; partir
Et décrire la vérité, peut-être sèchement
Pour l’imprimer dans l’âme afin qu’elle s’unisse
Au corps qui l’accepte, seule chose qui bénisse »
« Vous pensez que c’est en étant plus rationnel
Que l’on gagne des droits à nul autre pareils
Car pourtant jusqu’ici la folie fit la loi
D’une funeste façon mais toujours elle aboie
Tyrannique et certaine d’elle-même, elle est comme
La strict condition de ce qui fît les hommes
De ce qui les fera, certainement toujours
Et c’est dans ses lumières qu’on aperçoit le jour
Qu’il convient de saisir chaque fois que l’on peut »
« Je vois que nous n’avons plus rien à nous dire
Vous êtes à nouveau lucide et sans un jeu
Prête à vieillir probe et c’est bien là le pire… »
Alice, jette un œil à l’échiquier, qui
A repris, lui, son jeu, mais qu’elle ne perçoit plus
Comme étant le sien et décide comme issue
La case numéro cinq, vide à l’instant qui suit
Où elle marche et attend quelques secondes, avant
De disparaître elle-même en réapparaissant
A nouveau au carrefour où se trouvait le chat
Qui l’attend une fois de plus à cet endroit :
« Ô ! Le cavalier blanc a peut-être raison
Il faut essayer de décrire littéralement
Le réel afin d’essayer de s’en sortir
Si vous croyez de l’âme avoir vu le fin fond
C’est vos vérités propres, qui sont uniquement
A un autre mensonges, que l’on peut toujours dire
Qui empoisonnent tout le temps chaque situation :
Qui pense s’en sortir en refilant une peste
Finit bien souvent nu dans une mauvaise sieste

Votre sortie des rêves, imminente, à droite
Une porte bientôt s’ouvre et vos songes se dilatent…

Publicités

Sonnet « Electronic Love »

Mes rêves depuis peu se sont cristallisés
Dans un basculement, sans bruit, tous vers toi
Et oscille sans arrêt comme un sinus en moi
Une perception de toi, peu claire et embrumée

Je ne peux mettre fin à cet amour naissant
Nos courants s’amplifient à chaque résistance
D’un de nos deux esprits battant à sa fréquence
Hysteresis bizarre de nos comportements

L’attention qu’on se porte grimpe telle une linéaire
Je sais que tu m’écris, la nuit, fuyant l’enfer
Mais je ne sais comment te dire mes émotions

Alors, ce poème, écrit dans la tension
Est comme le testament de celles-ci criant :
Je t’aime depuis longtemps, déjà, comme un aimant

 

Remèdes

On sait que ni la mort, ni les Dieux sont à craindre
Et que toute souffrance peut être surmontée
Mais pour les passions, où rien ne peut se feindre
Humeurs en dents-de-scie qu’il faut réconcilier
Quel remède apporter à nos emportements
Comment s’accommoder des désirs proprement?
Faut-il nier ceux-ci et souffrir un peu plus
En se mentant à soi dormant comme un fœtus
Démoniaque, fuyant, chaque jour ses vérités
Où faut-il y plier et peu à peu risquer
Les affres un peu amers de la désillusion?

Aujourd’hui plus personne ne souffre de ceci
On divorce comme on rentre ou sort d’une maison
On forme couples et amours comme on arrange un pli
Sur sa robe, sa chemise tout n’est qu’ajustement
Dans une vaste entreprise de désenchantement
Où, de gauche, nous souffrons de manière collective
Pour se repaître, seuls, méthode discursive

 

De l’autre côté du miroir

Lorsque j’ai face à moi, lisse, net et poli
Un miroir où je peux jeter à l’infini
Mon regard qui se met en abyme; mes yeux fixes
Et bruns me questionnent sur cet étrange mix
Qu’est notre imaginaire, fruit de cette scission
Entre rêves que l’on cache, au passé, tous détruits
Et rêves que l’on porte, en présence, horizon
Sans savoir jamais tout ce qu’aurait pu être
Ma vie sans ces mensonges dans lesquels tout le monde vit
Que l’on tient pour sacrés, qui ne font jamais naître
La moindre vérité sur ce que nous sommes, libres
L’homme toujours se complaît dans ce déséquilibre
L’orgueil est cette plaie infectée et vide
En laquelle il place une chimère de plus
Que la société donne et que les rêves brident
Ou que les rêves ordonnent, que toujours elle repousse

Aujourd’hui tout est prêt pour une liquidation
Des millions d’âmes se donnent en libation

 

Servitudes

Lorsque La Boétie écrivit son discours
Toute la marche du monde se faisait sur un pas
Que nous ne connaissons plus, ayant sonné le glas
D’un de secret de la domination qui toujours
Saura se réinventer, ayant pris pour forme
La rationalité, fille des Lumières
Détrônant la folie et inventant des normes
Qui s’imposent à l’esprit, le bon sens est matière
Malléable et facile pour l’idéologie
Qui dévoile chaque jour un peu plus son jeu
Pâle stratège d’un monde finalement très vieux
Appelant sa négation à vivre dans la lie

 

Confrontation digitale

On fantasme beaucoup sur robots et machines
Suites positivistes du progrès d’aujourd’hui

L’un nous dit « C’est fini, plus d’emplois c’est la ruine! »
L’autre dit « Formidable quelle avancée inouïe! »
Et tous en cœur cliquent à perpétuité
Les écrans / Big Data nous regardent en vue
De détraquer désirs et cerveaux dans des flux

Un autre lui nous dit : « Tout va se retourner
Contre nous / science-fiction, moderne diablerie »
Encore un nous promet l’immortalité
Par des artefacts infiniment petits
Et comme pour tout progrès, nous n’aurons pas le choix

Mais tout ce joli monde a bien oublié
Que l’homme est une machine et une bête à la fois