Sonnet « Electronic Love »

Mes rêves depuis peu se sont cristallisés
Dans un basculement, sans bruit, tous vers toi
Et oscille sans arrêt comme un sinus en moi
Une perception de toi, peu claire et embrumée

Je ne peux mettre fin à cet amour naissant
Nos courants s’amplifient à chaque résistance
D’un de nos deux esprits battant à sa fréquence
Hysteresis bizarre de nos comportements

L’attention qu’on se porte grimpe telle une linéaire
Je sais que tu m’écris, la nuit, fuyant l’enfer
Mais je ne sais comment te dire mes émotions

Alors, ce poème, écrit dans la tension
Est comme le testament de celles-ci criant :
Je t’aime depuis longtemps, déjà, comme un aimant

 

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Remèdes

On sait que ni la mort, ni les Dieux sont à craindre
Et que toute souffrance peut être surmontée
Mais pour les passions, où rien ne peut se feindre
Humeurs en dents-de-scie qu’il faut réconcilier
Quel remède apporter à nos emportements
Comment s’accommoder des désirs proprement?
Faut-il nier ceux-ci et souffrir un peu plus
En se mentant à soi dormant comme un fœtus
Démoniaque, fuyant, chaque jour ses vérités
Où faut-il y plier et peu à peu risquer
Les affres un peu amers de la désillusion?

Aujourd’hui plus personne ne souffre de ceci
On divorce comme on rentre ou sort d’une maison
On forme couples et amours comme on arrange un pli
Sur sa robe, sa chemise tout n’est qu’ajustement
Dans une vaste entreprise de désenchantement
Où, de gauche, nous souffrons de manière collective
Pour se repaître, seuls, méthode discursive

 

De l’autre côté du miroir

Lorsque j’ai fasse à moi, lisse, net et poli
Un miroir où je peux jeter à l’infini
Mon regard qui se met en abyme; mes yeux fixes
Et bruns me questionnent sur cet étrange mix
Qu’est notre imaginaire, fruit de cette scission
Entre rêves que l’on cache, au passé, tous détruits
Et rêves que l’on porte, en présence, horizon
Sans savoir jamais tout ce qu’aurait pu être
Ma vie sans ces mensonges dans lesquels tout le monde vit
Que l’on tient pour sacrés, qui ne font jamais naître
La moindre vérité sur ce que nous sommes, libres
L’homme toujours se complaît dans ce déséquilibre
L’orgueil est cette plaie infectée et vide
En laquelle il place une chimère de plus
Que la société donne et que les rêves brident
Ou que les rêves ordonnent, que toujours elle repousse

Aujourd’hui tout est prêt pour une liquidation
Des millions d’âmes se donnent en libation

 

Servitudes

Lorsque La Boétie écrivit son discours
Toute la marche du monde se faisait sur un pas
Que nous ne connaissons plus, ayant sonné le glas
D’un de secret de la domination qui toujours
Saura se réinventer, ayant pris pour forme
La rationalité, fille des Lumières
Détrônant la folie et inventant des normes
Qui s’imposent à l’esprit, le bon sens est matière
Malléable et facile pour l’idéologie
Qui dévoile chaque jour un peu plus son jeu
Pâle stratège d’un monde finalement très vieux
Appelant sa négation à vivre dans la lie

 

Les tribulations de l’ultra-néfaste Monsieur G. au pays des idéologues, par Jean Racine-Carrée

Il état une fois en un pays parfait
Une petite âme pure, sinuante, venue toquer :
« Coucou ma petite fille » lui dirent alors en chœur
Les théoriciens tous pris dans leur labeur
« Allons, je vous salue répondit Monsieur G.
Je suis le bienvenu, j’aime toutes vos façons
Ô jamais je n’oserais jamais vous déranger
Gentils idéologues, vous sages de raison
Merci de m’accueillir sans esprit contrefait »
Ainsi content de lui, Monsieur G. s’en alla
Pour se reposer auprès de son aimée
Fier et libidineux, lui annonçant cela
Voici nos amoureux fiers et satisfaits

Néanmoins, le lendemain tous les idéologues
Alors réunis pour un congrès d’idées
Ne trouvèrent pas mieux, c’était alors en vogue
Qu’un drôle de bizutage à l’heure du déjeuner
Notre ami, lui dirent-ils nous avons décidé
De vous mettre à l’épreuve sur une nouvelle affaire
Vous avez douze quarts d’heure pour tous nous défaire
D’un sinistre collègue qui n’avance jamais
Et tiens pour résolu ce qu’il n’a jamais fait
Ainsi tout est permis pour vous Monsieur G.
Pour que situation avance où ait changé
Cependant, si rien ne bouge, c’est notre adage
Sachez que la sanction que l’on prononcera
Sera d’entretenir les offices, les tracas
Avec la femme à barbe qui fait notre ménage

Alors, embarrassé, Monsieur G. reparti
Son ventre lui pesant ce repas mal fini
A vrai dire, Monsieur G. ne se doutait d’un piège :
Le malheureux collègue jouait bien son rôle
Faisant croire à Monsieur qu’il restait sur son siège
Toute la journée pour deux ou trois oboles
Empêchant ses collègues d’avancer leurs projets
Sans arrêt, par détours, incessants ennuyeux
Qui firent passer le temps, les secondes, jusqu’à ce que
Monsieur G. revienne sans résultats, auprès
Des idéologues prêts à le faire payer
Non pas deux/trois oboles, mais choses à récurer

Des mois et des mois passent et Monsieur G. commence
A ruminer tout seul dans son coin sa vengeance
« Dois-je donc les dénoncer, faire un procès direct
Ils sont idéologues, donc malins, pleins de sens
J’en aurais pour ma poche, je crois qu’ils se délectent
A l’idée que j’essaie par les voies officielles
De faire justice à ma personne, je crois qu’ils veillent
Avec leurs bras longs sur juges, institutions
Allons, je vais dormir, cette fois trop d’émotions… »

Le lendemain, refait, Monsieur G., tout au long
De sa journée paisible néanmoins fatigante
N’eut de cesse de chercher toujours la mauvaise pente
Pour piéger ces collègues en tout ce qu’il font
« Je sais ce qu’il me faut, je vais être rusé
En me drapant dans la posture pour moi aisée
D’un gentil personnage, qui toujours courtois
C’est dire la belle phrase, pesée de bon aloi
Ainsi, par mon esprit, qu’ils sauront reconnaître
Je pourrais évoluer, en leur mentant peut-être
Mais chut! C’est une idée chez les idéologues
Cachons là, je ne saurais faire comme un catalogue
Des postures, des mensonges et des hypocrisies
Sans quoi je ne pourrais plus cacher mon hérésie

Si bien que les jours passent, Monsieur G continue
A se faire passer pour ce qu’il n’est pas
Auprès de ces collègues tous théoriciens
De la petite chose au profane inconnue
Qui mérite labeur, sueur, et aucun faux pas
Avant de s’imposer à tous comme évidente
Ô science des idées, belle et intransigeante
« Je sais ce que je vais faire désormais
Je serais l’architecte et même le magicien
De mauvaises idées et de mauvais desseins
Dans tous leurs projets en les faisant porter
A quelqu’un d’autre, ailleurs qui assumerait les faits
Qui seront les miens en étant effacé »

Si bien qu’un mauvais jour, les idéologues viennent
Trouver dans son bureau Monsieur G. le malin
L’accusant d’un méfait en remontant à lui
Après maintes recherches sur le fourbe maudit
Qu’ils prétendent qu’il est, certitude qu’ils tiennent
Fermement à l’idée en lui disant « Vaurien
Tu manigances, faquin, escroc vil,  malotru
Nous savons que tu cherches vicieusement à nous nuire
Par de lourdes magouilles, pourri comme une sangsue
Tu nous pique nos idées et tu vas reluire
Au soleil, en vacances, aux Bahamas peut-être
Assez! Nul quittance tu vas donc comparaître
Devant nous afin que justice soit rendue
Collègues des idées, allons, sortons l’intrus »

C’est ici qu’intervient Monsieur G. qui leur lâche :
« Quand l’un de vous promet, l’autre sort son fusil
Ainsi, vous ne pouvez, discorde, zizanie
M’attacher au bûcher comme un vulgaire apache »

« Insolent, vous courrez tout droit à votre perte
Nous allons vous manger et à la sauce verte ! »

« Essayez donc un peu, babillard impuissant
Car plus vous me cherchez, plus je cours devant »

« Très bien, nous vous donnons une pénultième chance
Répondez  cette énigme, que j’énonce sans vengeance :
Je suis à  la portée de tous, mais pourtant
Personne ne me voit ni ne me contredit
Que suis-je je vous le dis, répondez sur le champ »

« Haha! C’est trop facile c’est l’idéologie
Vous être prévisible comme un pas d’éléphant »

« Non! C’est faux, freluquet c’était la vérité !
Maintenant, rentrez chez vous, ne revenez jamais
Nul idiot ne consent à vos idées volées
Ici et c’est tant mieux, casserole sans intérêt »

Ainsi Monsieur G., rentra auprès, le soir
De sa dulcinée qui l’avait attendu
Toute une longue journée lui semblant sans espoir
Et de fil en aiguille, la discussion s’anime
Autour de l’anathème auquel est dévolu
Notre triste héros à quatorze centimes
« Voyons tout peut changer, tu peux te racheter
Auprès de ces idéologues tous fameux
Pose leur une énigme, à ton tour, comme un jeu
Afin de leur soumettre ta propre vérité
Articule ceci, à leurs yeux béats :
Je suis à la portée d’aucun, mais Ô combien
Tout le monde me voit, nul ne me contredit
Que ou qui suis-je alors, messieurs, je vous le dis
Répondez tout de suite, n’y voyez nul vilain
Piège ou contresens que j’y aurais mis là »

Le lendemain, le sire, arrive en la contrée
Des théoriciens de l’idée et sans pli
Pose l’énigme d’un trait à leurs faces livides
L’assemblée des collègues, longuement concertée
Délibère, puis donne sa réponse limpide
Il s’agit de la Lune, Monsieur vous êtes fait
Comme une carotte râpée dans son saladier »

« Odieux! Vous vous trompez il s’agit de l’arrière-
-train, du postérieur, des fesses qui sont l’attrait
De milliers de porcs que je préfère taire »

« Ultra-libidineux, tu mens, nous le savons
Et si nous nous trompions cela en dirait long
Sur votre esprit pervers et vicieux malgré vous »

« Mais c’est vous qui mentez, car par la négation
Vous ne connaissez pas, à ma divine question
La réponse précise c’est à devenir fou
Bal de mauvaise foi d’idéologues flous
Pleins d’imagination tordue, cherchant des poux
Vous promettez la lune mais vous n’apportez que :
La pâle déconfiture des esprits malheureux »

Ainsi de jour en jour, la triste situation
Ne cessa d’empirer sous diverses raisons :
« Le triste sire ourdit contre moi un complot »
« Ces tièdes ne savent rien, sont de pâles dévôts »
Et cætera ambiance mortifère
Au pays des idées incarnées de mystères

Si bien qu’un beau matin Monsieur G. s’éveilla
Et au pays rêvé, à deux pas s’en alla
Milles péripéties inutiles et banales
Passèrent avant qu’advienne je vous dis l’impensable
La horde de collègues, en grève , furieux
Prirent Monsieur G. entre 220 yeux
L’attachèrent à un arbre avec trois cordes vertes
Un panneau comme fronton au dessus de sa tête :

« A trop faire la Guidouille, puisque c’est votre nom
On se fait enchaîner par plus cons que le con »

 

Confrontation digitale

On fantasme beaucoup sur robots et machines
Suites positivistes du progrès d’aujourd’hui

L’un nous dit « C’est fini, plus d’emplois c’est la ruine! »
L’autre dit « Formidable quelle avancée inouïe! »
Et tous en cœur cliquent à perpétuité
Les écrans / Big Data nous regardent en vue
De détraquer désirs et cerveaux dans des flux

Un autre lui nous dit : « Tout va se retourner
Contre nous / science-fiction, moderne diablerie »
Encore un nous promet l’immortalité
Par des artefacts infiniment petits
Et comme pour tout progrès, nous n’aurons pas le choix

Mais tout ce joli monde a bien oublié
Que l’homme est une machine et une bête à la fois